VIVRE LA LIBERTÉ OFFERTE PAR DIEU
C’est à la liberté que nous avons été appelés, nous dit L’Évangile. L’Église protestante de Genève se fait l’écho de cet appel à vivre sa vie et sa foi de manière libre dans l’amour de Dieu et de son prochain.
« Le protestantisme, à ses débuts, fut d’abord un appel à la liberté », écrit Pierre-Olivier Léchot, docteur en théologie et professeur d’histoire moderne à l’Institut protestant de théologie de Paris. Plus qu’un credo, Luther fit même de la liberté son identité, transformant son patronyme de naissance « Luder » par un jeu de mots avec le grec eleutheros, qui signifie « libre ».
Liberté d’être, de penser, de conscience, etc. Multiforme, la liberté est une conviction pour l’EPG qui affirme dans sa déclaration de foi : « L’Esprit-Saint, source de vie, (…) nous parle au travers des Écritures saintes en nous permettant de les étudier librement, avec respect, et de les interpréter au plus près de notre conscience. »
Cette liberté, la Maison bleu ciel l’a faite sienne en se démarquant par son interprétation de l’Évangile et sa pratique « alternative » du christianisme. Dans ce ministère de l’EPG destiné aux personnes en recherche spirituelle mais qui ne se reconnaissent pas ou plus dans l’offre des paroisses et des Églises au sens large, l’expérience de la spiritualité se fait selon la considération que « tout ce qui est dit dans la Bible en général parle de nous, de notre expérience personnelle, que chaque récit raconte une expérience spirituelle que nous sommes appelés à vivre ou relire en nous », explique Nils Phildius, pasteur chargé du ministère.
En comprenant le message d’appel à la liberté de la Bible comme un appel à la liberté intérieure, la Maison bleu ciel invite chacune et chacun à laisser être le Christ en soi. Sa vie et ses paroles ne sont alors pas un modèle
extérieur à imiter, mais une présence intérieure à écouter, tel un principe de vie intérieur qui nous rend pleinement vivant. Autrement dit, il ne s’agit pas tant de se libérer de règles extérieures que d’oser rencontrer ce qui, en soi-même, empêche l’élan de vie de circuler librement : les blessures, les peurs, les croyances, les armures protectrices que l’on a construites souvent sans s’en rendre compte. « Ces mécanismes sont légitimes, reconnaît Nils Phildius, mais ils empêchent de laisser émerger ce qui est vivant et vrai en soi. À force, on n’est plus libre. Pourtant, en termes bibliques, être libre, c’est faire la volonté du Père. Se mettre en lien avec ce que l’on sent que la Vie veut, avec ce qui est de plus précieux pour nous n’est pas une aliénation car le Père est à l’intérieur de nous : c’est le Vivant, la Source de la Vie en soi. La liberté intérieure ne s’impose pas de l’extérieur. Elle naît dans le silence, dans une écoute fine de ce qui nous met en paix, en cohérence, en vérité. » À la Maison bleu ciel, cette liberté intérieure est un chemin de désencombrement plus qu’un combat, une voie d’unification intérieure qui ne cherche pas à affirmer une identité mais à se relier à l’Essentiel en soi.
Répondre à l’appel de la Vie en soi, cet élan vers la liberté, peut mener à sortir des schémas établis, à briser certaines normes et à s’exposer à la critique ou au jugement d’autrui. « Pendant longtemps, l’Église s’est laissé enfermer dans une logique de loi et de condamnation. Elle a parfois contribué à exclure et à faire du mal à celles et ceux qui ne correspondaient pas aux normes dominantes. D’où l’importance, aujourd’hui encore, de rester vigilant·e·s et engagé·e·s aux côtés des minorités dont la différence et la liberté ont trop souvent été niées, y compris au sein des communautés religieuses », relate Adrian Stiefel, responsable et chargé de ministère de l’Antenne LGBTI Genève, ministère cantonal de l’EPG pour les questions LGBTIQ+. Loin de la vision de contrainte et de normes souvent associée à Dieu et à l’Église, c’est bien la liberté qui est au cœur du message de l’Évangile, rappelle-t-il, en citant Galates 5, 1 : « C’est pour la liberté que Christ nous a libérés. Tenez donc ferme, et ne vous remettez pas sous un joug d’esclavage. »
Aujourd’hui, l’EPG s’engage auprès d’une des communautés les plus stigmatisées par les Églises au cours de l’Histoire pour soutenir la reconnaissance de sa liberté d’être. Ce faisant, non seulement elle manifeste sa conviction que chaque être humain est aimé et accepté par Dieu tel qu’il est, mais elle met en acte ce qu’elle professe dans sa déclaration de foi, à savoir qu’« attachés aux valeurs de justice sociale, de paix et de tolérance, les protestants, avec d’autres, dénoncent, partout où cela est nécessaire, (…) les atteintes aux droits de la personne ».
Cet engagement s’incarne notamment à travers l’Antenne. En brisant le carcan du jugement qui a longtemps pesé sur elles, l’Antenne offre aux personnes LGBTIQ+ une vie communautaire où elles peuvent être elles-mêmes, reconnues entièrement comme membres de l’Église, sans avoir à pratiquer leur foi dans la honte ou le silence. Ainsi, avec le soutien de l’Antenne, les personnes marginalisées en raison de leur expression de
genre ou de leur orientation affective et sexuelle peuvent pleinement vivre cette liberté d’être soi – de vivre sa Vie, telle que l’exprime la Maison bleu ciel. Une liberté essentielle et vitale à tout âge.
Comme le souligne Adrian Stiefel : « L’Antenne ne répond pas seulement aux besoins des jeunes générations. Des paroissiennes et paroissiens plus âgé·e·s se sont enfin senti·e·s libres de faire leur coming out à la suite de l’établissement de l’Antenne en tant que ministère cantonal. Je pense aussi à ce pasteur retraité, qui, après des années de silence, m’a dit se sentir enfin libre d’assumer son homosexualité et fier de m’en parler. »
Recevoir la liberté donne aussi une responsabilité éthique de savoir qu’en faire avec les commandements qui nous ont aussi été donnés, rappelle néanmoins le chargé de ministère. « La liberté, ce n’est pas contester la responsabilité face à Dieu et aux autres. C’est la liberté d’être soi-même, une célébration de la diversité, qui n’est pas incompatible avec une structure ecclésiale régie par des règles et un fonctionnement qui visent justement au respect des commandements d’aimer Dieu et son prochain, tout en respectant la liberté de chacune et chacun d’être soi. » Ou, comme le disait Nelson Mandela, que Nils Phildius cite comme figure de liberté intérieure : « Être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. » À méditer librement.
Texte paru dans Entre vous et nous, sept. 2025.

